Pollux NC

 

POLLUX NC

Un projet BEST 2.0+ pour caractériser la pollution lumineuse en Nouvelle-Calédonie

 

Lauréat du programme européen BEST 2.0+, le projet Pollux NC a été lancé le 7 juillet 2021 pour une durée de 16 mois. Son objectif : fournir les premières informations quantifiées sur la pollution lumineuse à l’échelle de la Nouvelle-Calédonie, et émettre des recommandations scientifiques pour sa prise en compte dans les politiques publiques.  

 

 

Pourquoi s’intéresser à la pollution lumineuse ?

 

  • Définition et reconnaissance en tant que pression environnementale

Elle figure parmi les nombreuses pressions que subissent nos milieux naturels, mais sa prise en considération n’a commencé que dans les années 1950, sous l’impulsion des astronomes professionnels qui se sont trouvés gênés dans leurs travaux par l’augmentation croissante des lumières artificielles avec la démocratisation de l’électricité.

Ce n’est que bien plus récemment, depuis les années 2000, que la recherche scientifique s’est intéressée aux effets de la pollution lumineuse au sens environnemental. René Kobler, architecte et ingénieur en environnement, a définit la pollution lumineuse en 2002 comme étant :

« le rayonnement lumineux infrarouge, UV et visible émis à l’extérieur ou vers l’extérieur, et qui par sa direction, intensité ou qualité, peut avoir un effet nuisible ou incommodant sur l’homme, sur le paysage ou les écosystèmes »

 

Nouméa la nuit - © OEIL

 

De nombreux travaux attestent aujourd’hui que, outre des effets néfastes sur la santé humaine, les lumières artificielles sont sources de perturbations pour les équilibres des écosystèmes en modifiant les rythmes biologiques des plantes et des animaux, dont plus de la moitié sont nocturnes. L’ampleur du phénomène au niveau mondial a été illustrée dans l'atlas mondial de la luminosité nocturne : en 2016, 83 % de la population mondiale et plus de 99 % de la population des Etats-Unis et de l'Europe vivaient alors sous un ciel pollué par les éclairages artificiels. Un tiers de l'humanité ne voit plus la voie lactée dont 60 % d'Européens et près de 80 % des Nord-Américains. 

A l’heure où l’extinction massive des insectes inquiète le monde entier, la pollution lumineuse devient un enjeu majeur de préservation des milieux naturels. Il s’agit désormais de considérer l’obscurité naturelle comme une condition environnementale essentielle au maintien des écosystèmes.

 

  • La pollution lumineuse dans la législation française

Ainsi, législateurs et gestionnaires ont commencé à prendre en compte cette pression en France : dans le Grenelle de l’environnement de 2009, puis dans la Loi Biodiversité de 2016. En 2018, la France a pris un arrêté sur « la prévention, la réduction et la limitation des nuisances lumineuses ». Il n’existe pas l’équivalent dans le droit néocalédonien aujourd’hui. Pourtant les bénéfices sont multiples, puisque revoir nos émissions lumineuses revêt également un intérêt économique par la réduction de la facture énergétique, et un autre intérêt écologique par la rationalisation de la consommation d’énergie. Donc mettre en place une stratégie de gestion la pollution lumineuse se situe au carrefour des stratégies d’aménagement du territoire, de transition énergétique, de gestion de l’énergie, et de gestion environnementale. 

Afin de soutenir et encourager les collectivités et territoires qui s’engagent dans cette voie, les labels internationaux et nationaux tels que Réserve internationale de ciel étoilé (R.I.C.E.), ou « Villes et villages étoilés » peuvent revêtir un intérêt économique, là encore, puisque des destinations exemptes de pollution lumineuses deviennent touristiquement attractives.   

 

  • La trame verte et bleue... et noire

En Europe, en matière d’aménagement, la décision du Conseil de l’Europe de créer un réseau écologique paneuropéen date de 1995. La France s’est inscrite dans cette démarche en créant la Trame verte et bleue : un réseau de réservoirs de biodiversité et de corridors écologiques visant à améliorer l’état de conservation des habitats naturels et des espèces dans les milieux terrestres et d’eau douce. 

 

LA TRAME VERTE ET BLEUE EST UNE COMPILATION DE SOUS-RESEAUX ECOLOGIQUES APPELES "SOUS-TRAMES" - © SRCE Basse-Normandie (d'après IRSTEA 2010)

 

Dans la dernière décennie, le concept de Trame noire est venu compléter ce dispositif, avec pour objectif de recréer un réseau écologique propice à la vie nocturne. On en est aux débuts de la démarche puisque seulement quelques projets ont pour l'instant vu le jour en métropole sur la thématique.

 

La pollution lumineuse en Nouvelle-Calédonie

En Nouvelle-Calédonie, malgré les apparences, la pollution lumineuse existe, notamment du fait de l’urbanisation croissante et de ses sites industriels et miniers dotés de dispositifs d’éclairage 24h/24. Pour autant, aucune caractérisation du phénomène à l’échelle du pays n’a encore été faite. 

En tant que hotspot de la biodiversité mondiale, les enjeux de conservation sont pourtant majeurs sur le territoire : des taux d’endémismes pouvant atteindre 80 % sur les plantes, plus de 90 % pour les lézards, de nombreux sites de reproduction d’espèces protégées d’oiseaux marins, 1/3 des récifs intacts de la planète, 6 sites inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco, 1 site labellisé Ramsar... 

Le projet Pollux NC s’inscrit donc comme un préalable à la mise en place de mesures de gestion adaptées aux besoins des populations ainsi qu’aux enjeux de conservation spécifiques des écosystèmes locaux. Fin 2022, le projet aura permis de faire un état des connaissances, de décrire l’état de la pollution lumineuse dans le pays, de formuler des mesures de gestion, et de sensibiliser les décideurs ainsi que le grand public à cette problématique.

 

Carte de la pollution lumineuse en Nouvelle-Calédonie obtenue grâce aux données satellitaires du capteur VIIRS - ©World Atlas 2015

 

Pour ce faire, des données satellitaires de la Nasa, avec un niveau de précision satisfaisant mais qui reste grossier, permettra la production d’une carte de la pollution lumineuse à l’échelle du territoire. Pour aller plus loin, via l’acquisition d’images à très haute définition, une analyse fine sera produite sur un site pilote sélectionné par le Comité de pilotage : il s’agit de la zone urbaine Païta – Dumbéa – Mont-Dore, dont l’essor ces dernières années et dans les années à venir justifie ce choix. 

Des discussions sont en cours avec d’autres acteurs, qui pourraient devenir partenaires du projet : en acquérant leurs propres images à très haute définition sur les sites qui les intéressent ailleurs sur le territoire, ils pourront bénéficier de l’analyse qui en sera faite, et des recommandations qui en découleront. Cet engouement pour le projet, alors qu’il est en phase de démarrage, montre combien il répond à un besoin des acteurs locaux, ce quilaisse présager d'une bonne appropriation des résultats par ces derniers et une pérennisation du suivi de cette pression, même après la fin de l’accompagnement BEST 2.0+ qui aura alors pleinement joué son rôle de "rampe de lancement".


 

Qui est impliqué ?

Un comité de pilotage, constitué le 26 juillet 2021, est composé d’une diversité d’acteurs concernés par la thématique. Il est chargé de veiller au bon déroulement du projet, et d’en arbitrer les orientations stratégiques.

Les acteurs identifiés comme parties prenantes et invités à participer à ce comité de pilotage sont les suivants : l’Association de Conservation des Chauves-Souris (ACCS), l’ADEME, l’Association Française des Maires, l’Agence Calédonienne de l’Energie (ACE), l’Association des Maires de Nouvelle-Calédonie, l’Aquarium des Lagons, Bwarä Tortues Marines, le Conservatoire d’Espaces Naturels (CEN), Conservation International (CI), EEC, Endemia, Enercal, la Direction du service de l’Etat de l’Agriculture, de la Forêt et de l’Environnement (DAFE), le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie (Service de l’énergie de la Dimenc), l’Institut agronomique néocalédonien (IAC), l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD), l’Office Français de la Biodiversité (OFB), la province des îles Loyauté (3DRA), la province Nord (DDEE), la province Sud (DDDT), la Secal, la Société Calédonienne d’ornithologie (SCO), le cluster Synergie, l’antenne locale du WWF.

La mise en œuvre est portée par l’équipe de l’OEIL, avec le soutien de son Conseil scientifique.

 

Le déroulement du projet

 

 

Le programme BEST 2.0+ : qu’est-ce que c’est ? 

L’objectif de BEST 2.0+ est de promouvoir la conservation de la biodiversité, l’utilisation durable des ressources naturelles et des services écosystémiques, y compris pour l’adaptation au changement climatique et l’atténuation de ses effets, dans les Pays et Territoires d’Outre-mer (PTOM) de l’Union européenne. Best 2.0+ cherche à atteindre son objectif en renforçant les autorités locales et les organisations de la société civile qui sont engagées dans le développement local, la conservation de la biodiversité et l'utilisation durable des services écosystémiques dans les PTOM à travers la mise en œuvre d'un mécanisme de subventions qui s'accompagne d'activités de renforcement des capacités. BEST 2.0+ poursuit l'initiative BEST et constitue une suite directe du programme BEST 2.0. 

 

 

Pour en savoir plus

 


 

Cette page a été réalisée avec le soutien financier de l’Union européenne et de son bailleur, la Direction des partenariats internationaux de la Commission européenne (DG INTPA). Son contenu relève de la seule responsabilité de l'OEIL et ne reflète pas nécessairement les opinions de l'Union européenne.  

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